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Arcinfo: Le Neuchâtelois Damien Cottier se confie sur les droits de la communauté LGBT+

Arcinfo: Le Neuchâtelois Damien Cottier se confie sur les droits de la communauté LGBT+

EGALITÉ A l’occasion du «pride month», ou mois des fiertés, le conseiller national neuchâtelois Damien Cottier, ouvertement gay, s’exprime sur les droits de la communauté LGBT+ en Suisse. Selon lui, il y a encore du boulot… PAR VICKY HUGUELET- 17.06.2020, 19:00 (C) Arcinfo

Juin est placé sous le signe des fiertés. Le «pride month» fête la communauté LGBT+, en souvenir des émeutes de Stonewall. Le 28 juin 1969, les clients d’un bar gay de New York, le Stonewall Inn, s’insurgent après une énième descente de la police dans l’un des seuls établissements où leur présence est tolérée. A l’époque, l’homosexualité est encore interdite aux Etats-Unis.

Cet événement marque un tournant dans la lutte des gays, lesbiennes, bi, trans, ainsi que des personnes de toutes les orientations sexuelles et identités de genre. Une lutte pour leurs droits qui est loin d’être terminée. Le Neuchâtelois Damien Cottier, conseiller national PLR et ouvertement gay, témoigne. 

Le mariage pour tous a passé la rampe au Conseil national. Quelle a été votre réaction?

Je suis heureux de cette décision. C’est un signal clair que l’Etat considère toutes les personnes comme égales en droits et en dignité, quelle que soit leur orientation sexuelle. La Suisse est, avec l’Italie, l’un des derniers pays d’Europe occidentale à légiférer sur le mariage pour tous.

Le fait que la procréation médicalement assistée pour les couples lesbiens ait été intégrée évite également une discrimination sur la seule base de l’orientation sexuelle, puisque les couples hétérosexuels ne pouvant pas avoir un bébé naturellement y ont accès.

L’association ILGA Europe a créé un classement des pays en fonction des droits accordés aux personnes LGBT+. La Suisse est 23e sur 49. Pourquoi un si mauvais score?

Il y a quinze ans, nous avons été l’un des premiers pays européens à adopter, par votation populaire, le partenariat enregistré entre les personnes de même genre. Nous avons cru que nous avions fait le job. Mais la société évolue et beaucoup de pays sont allés plus loin. Le mariage sera une reconnaissance importante, comme l’a été l’acceptation, en février, de la norme pénale interdisant toute discrimination en raison de l’orientation sexuelle.

A lire aussi: Droits des personnes LGBTI: la Suisse mauvaise élève

Cette pénalisation de l’homophobie n’est-elle pas tardive?

La Suisse avance parfois lentement sur les questions de société. En France, le mariage pour tous est passé au forceps et cela a créé des tensions. En Suisse, nous attendons que quelque chose soit largement accepté par la société pour légiférer. Cette votation est un pas vers l’égalité complète.

Que ressentez-vous lorsque l’UDC Jean-Luc Addor, en plein débat pour le mariage pour tous, dit ne pas vouloir «légitimer des comportements qui ne sont pas naturels»?

Cela prouve qu’il y a encore un gros travail d’explication à réaliser. On retrouve l’homosexualité sur tous les continents et à travers les siècles. C’est naturel. Je suis né comme ça. Et je peux vous dire que de nombreuses personnes LGBT+, si elles avaient eu le choix, auraient voulu être dans la «norme», pour éviter de souffrir. Mais le seul choix est de vivre au grand jour, d’assumer qui on est, en premier lieu vis-à-vis de soi-même, ou de se cacher toute sa vie. La société veut-elle faire des homosexuels une catégorie à part, stigmatisée, ou intégrée? La réponse me semble évidente et la Suisse a toujours intégré ses minorités.

Y a-t-il une différence de tolérance entre la Suisse romande et la Suisse alémanique?

Globalement, la Suisse est très ouverte, malgré quelques cantons plus conservateurs. Davantage de personnalités publiques parlent ouvertement de leur orientation en Suisse alémanique. C’est probablement une question culturelle. Les pays germanophones ou anglo-saxons sont souvent plus ouverts sur la question. Peut-être que la dimension religieuse joue un rôle. Reste que des pays latins comme l’Espagne, le Portugal ou Malte ont ouvert le mariage civil, parfois depuis longtemps. Et l’Irlande catholique aussi, par vote populaire.

Quid de l’homophobie plus sournoise, comme lors d’un entretien d’embauche?

Il y a du travail à faire. L’année passée, une personne a saisi le Tribunal fédéral, car elle avait de bonnes raisons de penser qu’elle n’avait pas été engagée en raison de son orientation sexuelle. Le tribunal a estimé que la loi sur l’égalité ne s’appliquait pas à l’orientation sexuelle. La Cour suprême des Etats-Unis, elle, vient de juger dans l’autre sens.

Comment vivez-vous votre homosexualité en tant que parlementaire?

Je n’ai jamais reçu de feedback négatif. La population neuchâteloise n’a manifestement pas trouvé que c’était un problème, comme on le voit dans mon résultat électoral. Cela montre une certaine bienveillance. Le mieux serait une sorte d’indifférence, si j’ose dire.

Pourquoi avoir fait un coming out public sur les réseaux sociaux?

J’ai simplement mentionné que j’avais un partenaire, comme d’autres candidats disent qu’ils sont mariés. Cela aurait pu susciter l’indifférence, mais ça a été l’inverse. Annoncer son homosexualité est donc probablement encore nécessaire. Aujourd’hui, cela reste pénible, même en Suisse, pour un jeune qui s’interroge sur son orientation sexuelle, de se sentir différent. Le coming out est une lutte pour se faire accepter. Quand j’étais ado, j’avais l’impression d’être seul au monde. Les personnalités publiques aident à comprendre qu’on n’est pas seul. Il faut banaliser l’homosexualité pour qu’un jour il n’y ait plus besoin de faire son coming out.

Et au quotidien, comment vivez-vous votre homosexualité?

Je peux vous dire que j’ai pleinement accepté qui je suis et que je le vis désormais très bien.

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